Accueil > Cuba et l’occident

de Lucio Garofalo Traduit de l’italien par Karl&Rosa
Je commence en disant que je suis un marxiste de type hétérodoxe, de sincère formation libertaire et démocratique. Autrement dit, je ne me suis absolument pas converti au vétérostalinisme de marque cossuttienne.
Et pourtant, à propos des évènements cubains je ne suis pas convaincu par ce qui me semble être une tentative sournoise de désinformation et de spéculation à visée de propagande, à la fonction réactionnaire et néolibérale, mise en œuvre dans un moment politique international comme celui que nous vivons.
Sans aucun doute, je considère nécessaire de condamner Cuba quand il se trompe. Plus encore, je renchérirai en exprimant une considération plus nette et péremptoire : que le régime castriste ait été d’une nature anti-démocratique et non libérale, nous ne le découvrons pas aujourd’hui. Et pourtant, étant donné l’histoire macabre et sombre du continent latino-américain, étant donné la situation arriérée de la société cubaine avant la révolution castriste, j’oserai faire l’hypothèse que le régime de Fidel est la "meilleure" parmi les dictatures du monde parce qu’il l’a emporté efficacement sur les plaies séculaires de l’analphabétisme et de la pauvreté extrême qui affligeaient la société cubaine pré-révolutionnaire.
En outre, le Cuba castriste peut se vanter d’avoir les meilleurs hôpitaux et les meilleures écoles publiques d’Amérique. Je défie quiconque de démentir de telles données incontestables qui sont connues de la partie de l’opinion mondiale la plus intellectuellement honnête et la plus informée. Le gouvernement castriste a toujours été très attentif, équitable envers les droits et les protections à caractère social et soucieux de les garantir : les droits au logement, à l’emploi, à l’instruction et à la santé publique, assurés à tous les citoyens sont un grand mérite qu’il faut reconnaître à la révolution cubaine.
Malheureusement, sur le versant des droits politiques et des libertés démocratiques, le régime de Fidel Castro s’est toujours avéré insensible et réfractaire dans la mesure où ces droits et ces libertés sont aujourd’hui encore niés avec une extrême dureté. En ce sens, il est correct d’affirmer que le régime cubain est un état de nature politiquement autoritaire et oppressive.
Cependant, ceci constitue un point de vue "occidental" en ce qu’il est une évaluation partielle et relative à un contexte historique politiquement avancé mais ce n’est pas un jugement applicable à d’autres réalités moins évoluées comme les sociétés latino-américaines, les sociétés arabes, les sociétés africaines, etc...Probablement, sous un tel profil, la réalité sociale cubaine représente une expérience d’avant-garde malgré les limites dénoncées ci-dessus, à savoir le déficit de démocratie par rapport aux sociétés plus avancées de l’Occident sur lesquelles il faudrait pourtant susciter quelques perplexités et quelques réflexions critiques. En effet, la vision occidentale de la "démocratie" est conditionnée par une optique instrumentale et univoque qui découle d’une profonde hypocrisie caractérisant structurellement l’esprit libéral bourgeois, fauteur d’un "état de droit" purement formel et à sens unique. Pour confirmer cela, je suggèrerai de rappeler, par exemple, qu’aux USA (traditionnellement célébrés comme le modèle historique de la "démocratie occidentale", comme la patrie des droits civils et de l’état moderne) est encore en vigueur la peine capitale qui est systématiquement appliquée d’une façon classiste et raciste, c’est-à-dire au détriment des sujets les plus faibles appartenant aux classes subalternes et aux communautés ethniques minoritaires, c’est-à-dire contre les noirs, les hispaniques, les couches sociales les moins aisées et les moins bien défendues.
Un tel raisonnement peut sûrement s’appliquer au thème plus vaste de la répression carcérale et de la violence exercée aussi par les démocraties occidentales contre les couches les plus marginales de la société. En effet, il ne me semble pas que les démocraties occidentales soient exemptes de l’influence de mécanismes et de centres de pouvoirs à caractère anti-démocratique, de violations systématiques et de crimes atroces contre les droits humains et civils, à fonction répressive anti-prolétaire.
Je citerai quelques exemples. L’embargo commercial imposé par les USA à Cuba, la guerre sanglante contre l’Irak (un conflit totalement illégal et immoral, ce pour quoi il a été condamné et refusé par tout le monde, le pape, l’ONU, l’Europe, les multitudes pacifistes, tous les peuples et la plupart des gouvernements du monde !) et d’autres brutalités et cruautés perpétrées par le régime yankee contre le sud de la planète, représentent des crimes beaucoup plus exécrables que ceux que commet le gouvernement castriste et qui pourtant doivent être fermement rejetés par ceux qui veulent projeter et poursuivre l’idée d’un communisme meilleur, plus humain, compatible avec les libertés démocratiques non seulement ratifiées formellement sur le papier mais mises en œuvre en termes d’élargissement effectif de la participation des citoyens aux processus de décision politique et aux circuits de gestion de la chose publique.
Messages
1. > Cuba et l’occident, 20 septembre 2005, 15:38
Le marxisme dont vous parlez est encore trop imprégné de culture capitaliste, on dit aujourd’hui libérale ou néo libérale ou ultra libérale ou sociale libérale ; je dis capitaliste.
Pour autant je ne suis ni aveugle, ni sourd et je recherche comme arguments facilement opposables à mes adversaires de classe, des informations développées par leurs médias.
Ainsi je pense que l’ouragan Katerina et ses conséquences illustrent bien ce que peut valoir (en référence à des valeurs humanitaires) une "démocratie capitaliste" face à une "dictature communiste". Il suffit de se référer, sur internet, à l’article du Sun Sentinel, journal étasunien qui fait la comparaison entre les réponses de l’Etat Cubain pour l’ouragan Dennis qui a traversé Cuba de part en part et celles de l’Etat étasunien pour Katerina ; ils avaient sensiblement la même force...
Cet article oblige nécessairement à s’interroger, comme vous le faite, sur les notions de dictature et de démocratie et ne peut être entaché de parti pris...
2. > Cuba et l’occident, 20 septembre 2005, 18:36
Carissimo Lucio,
Vous dites de bien belles choses et personne ne vous jettera la pierre pour cela.
Ceci étant dit, vous paraissez clairement sous perfusion de l’hégémonie envahissante des médias occidentaux qui, eux, n’ont rien de "démocratique", comme vous le savez, je suppose.
Le jour où le diktat du cobra impérialiste des E.U. et de ses caniches occidentaux cessera alors, mon cher ami, pourrons-nous, peut-être, évoquer la DEMOCRATIE au sens large et propre du terme. Tout le reste n’est que partition pour flûte traverssière.
Bien amicalement,
Raul