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Une aube nouvelle sur l’Amérique latine ?

Publie le mardi 30 août 2005 par Open-Publishing

ALBA, l’accord de coopération, élargi à d’autres pays « latino » que viennent de passer les présidents cubain et vénézuélien, constitue une bouffée d’air pour Cuba.

Le rêve de Simon Bolivar et de José Marti de voir se lever l’aube sur une seule et même nation latino-américaine peut-il devenir réalité ? C’est, en tout cas, l’ambition de l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA, aube en espagnol), une idée lancée par le président vénézuélien Hugo Chávez, pour contrecarrer l’accord de libre-échange des Amériques (ALEA) de George Bush. Ce projet d’intégration dépasse de loin Cuba, qui y a néanmoins une place spéciale. Un projet inédit qui veut développer des accords multilatéraux dans les domaines les plus divers. Son fer de lance, Petroamerica, qui inclut, notamment, l’Argentine, l’Uruguay et le Brésil. Et une petite soeur, Telesur, qui veut combattre CNN sur son terrain.

L’ALBA est née le 1er janvier 2005. Hugo Chávez et Fidel Castro ont, dans ce cadre, réalisé des accords historiques, complètement différents des coopérations signées en leur temps avec l’URSS, au nom du « principe de la solidarité », mais aussi « pour l’échange des biens et des services ». La Havane et Caracas échangeront tout, médecins et enseignants cubains, sportifs, artistes, ingénieurs et technologie de haut niveau (énergie, biotechnologie, informatique, télécommunications...). Ils développeront santé et éducation, y compris dans des pays tiers. Environ 20 000 enseignants et 30 000 médecins et techniciens de santé cubains travaillent déjà au Venezuela dans des projets éducatifs et sanitaires. À l’école d’infirmières, dans la banlieue de La Havane, Cuba forme plusieurs milliers de travailleurs sociaux pour le Venezuela, des hommes et des femmes prêts à intervenir sur tous les terrains.

En échange, des accords commerciaux, pour plus de 400 millions de dollars, ont été conclus (alimentation, chaussures, tissus et vêtements, jouets, matériaux de construction.). Des filiales bancaires ont été ouvertes (dont l’une à capital 100 % vénézuélien) et des accords de crédits réciproques signés. Les barrières douanières sont supprimées, comme le seront les visas entre les deux pays, et les espaces maritime et aérien ouverts.

L’un des accords les plus importants est celui sur le pétrole. Cuba produit actuellement 90 000 barils de brut par jour. Le Venezuela lui en fournissait 53 000 barils de plus à tarif préférentiel et en envoie désormais environ 40 000 supplémentaires à tarif normal. En avril 2005, Petroleos de Venezuela (PDVSA) a ouvert à La Havane une base d’opérations pour la Caraïbe. PDVSA-Cuba, entreprise à capital 100 % vénézuélien, dans le cadre du projet Petrocaribe, branche caraïbe du projet Petroamerica, permettra la livraison de brut et de ses dérivés aux pays centraméricains et caribéens. La remise en état de la raffinerie de Cienfuegos, la création d’unités de stockage pour 600 000 barils à Matanzas et un réseau de distribution du carburant pour l’île sont aussi à l’ordre du jour. Une étude des ressources cubaines offshore en énergies fossiles sera également menée.

L’accord porte également sur une partie du nickel cubain, actuellement au plus haut de son cours, et qui fait déjà l’objet d’investissements canadiens et chinois. Une usine au Venezuela utilisera nickel cubain et charbon et fer vénézuéliens pour produire, pour les deux pays, divers types d’aciers.

Le Venezuela vient aussi, par l’intermédiaire de la Banque de développement économique et social du Venezuela et son Fonds autonome de coopération internationale (FACI), d’attribuer 20 millions de dollars (sur 45) à Cuba pour l’amélioration et la modernisation des réseaux électriques de la capitale. Mais l’économie cubaine reste fragile. Non productive, elle dépend en grande partie des remesas (envoi de l’argent de l’étranger), difficiles à chiffrer mais estimées à plus de un million de dollars. L’aggravation de l’embargo financier états-unien (voyages vers Cuba autorisés tous les trois ans et envois d’argent limités à 300 dollars par trimestre) les a faits sérieusement chuter.

F. E.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2005-08-27/2005-08-27-812902