Accueil > Une nouvelle gauche émerge en Amérique latine
L’Amérique latine penche de plus en plus à gauche mais l’heure n’est pas à la révolution dans la région, même si certains comme le président du Venezuela Hugo Chavez, en visite en France mercredi, tiennent un discours plus radical.
La semaine dernière, des milliers d’Uruguayens en liesse ont fêté l’investiture du premier président de gauche du pays, Tabare Vazquez. Six pays de la région sont désormais dirigés par des responsables appartenant au même bord politique.
Du Venezuela au Brésil en passant par l’Argentine, une nouvelle gauche est apparue ces dernières années, solidaire des luttes menées dans les années 70 et 80 mais qui s’en démarque par des politiques et un ton différents : désormais, il n’est plus question de nationaliser les entreprises ou de recourir au protectionnisme, et si beaucoup imputent les récentes crises financières dans la région à des options ultra-libérales, l’économie de marché n’est pas remise en cause.
A la fin des années 90, de nombreux pays sud-américains qui avaient adopté sous la pression des Etats-Unis des réformes libérales, ont vu leur économie plonger dans la récession, le chômage et les inégalités s’accroître fortement, des millions de personnes sombrer dans la pauvreté et des troubles sociaux éclater.
Ricardo Lagos au Chili et Nestor Kirchner en Argentine, deux anciens militants de gauche durant les dictatures des années 70 et 80, cherchent une voie alternative entre le libéralisme débridé des années 90 et un trop grand interventionnisme étatique. Aujourd’hui, peu de dirigeants de gauche latino-américains prônent des changements économiques ou sociaux profonds, même s’ils promettent d’aider les plus démunis.
Cette nouvelle gauche est incarnée par le Brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, ancien syndicaliste, président depuis 2003. Beaucoup espéraient alors qu’il réduirait le fossé entre riches et pauvres dans un pays les plus inégalitaires au monde.
Mais il a mis en oeuvre une politique budgétaire conservatrice, satisfaisant le monde de la finance et les investisseurs étrangers et mécontentant certains de ses plus fidèles partisans. Les programmes sociaux annoncés au départ, comme le plan "Faim zéro", ont été largement ignorés, accusent les déçus de "Lula", lui reprochant également de promouvoir les même politiques "néo-libérales" que ses prédécesseurs.
Dans le petit Uruguay voisin, M. Vazquez, médecin de 65 ans, s’est engagé à poursuivre une politique classique d’économie de marché tout en mettant l’accent sur le social. Quelques heures après son investiture, il annonçait un "programme social d’urgence" de 100 millions de dollars (76 millions d’euros).
Après la crise qui a frappé l’Uruguay en 2002, un tiers de la population est tombée sous le seuil de pauvreté, dans un pays où le système de protection sociale avait pendant des années permis d’afficher un des plus hauts niveaux de vie dans la région. "Le niveau de pauvreté est effrayant" en Amérique latine, souligne M. Vazquez, observant qu’une "gestion inhumaine de l’économie" est "souvent source de violence".
Parmi ces dirigeants, le Vénézuélien Hugo Chavez, proche du dirigeant cubain Fidel Castro, apparaît comme le moins "moderne". "Aujourd’hui ceux que l’on appelle les dirigeants de gauche ne sont pas les mêmes qu’avant", souligne Arturo Valenzuela, de l’université Georgetown, à Washington. "Ils font face à une réalité différente et ils s’y sont largement adaptés."
Reste que Castro et Chavez font figure de héros pour de nombreux militants dans la région. Et ils restent respectés par les tenants de la nouvelle gauche.
A Montevideo la semaine dernière Hugo Chavez, "Lula" et Nestor Kirchner ont posé pour une photo de groupe. "Une grande partie de la solution à nos problèmes doit venir de cette coalition qui est en train de se construire en Amérique du Sud", a déclaré le président brésilien. (AP)